Discussion de Richard Avedon sur sa façon d’aborder le portrait photo
Je pense que pour chacun d’entre nous, certains textes, certaines images trouvent en nous un écho immédiat. On se dit quelque chose comme : « c’est exactement ce que je ressens ou ce que je pense ». C’est ce qui se passe pour cet extrait d’une conversation de Richard Avedon, que j’emprunte au très bon ouvrage de Susan Sontag intitulé « Sur la photographie ».
« J’ai toujours une préférence pour le travail en studio. Il isole les gens de leur environnement. En un sens ils deviennent… des symboles d’eux-mêmes. J’ai souvent l’impression que les gens viennent me faire faire leur photo comme ils iraient voir un médecin ou une diseuse de bonne aventure : pour savoir comment ils vont. Ils sont donc dépendants de moi. Je dois les mobiliser. Sinon, il n’y a rien à photographier. La concentration doit venir de moi et les prendre au jeu. Cette concentration devient parfois si forte que l’on entend plus les bruits du studio. Le temps s’arrête. Nous partageons un bref moment d’intense intimité. Mais elle n’est pas méritée. Elle n’a pas de passé… pas d’avenir. Et quand la séance de pose est terminée, quand l’image est faite, il n’en reste rien que la photo… la photo et une espèce de gêne. Ils s’en vont… et je ne les connais pas. J’ai à peine entendu ce qu’ils m’ont dit. Si je les rencontre quelque part une semaine après, je ne m’attends pas à ce qu’ils me reconnaissent. Parceque je n’ai pas l’impression d’avoir été vraiment là. Du moins, la partie de moi qui était là… se trouve maintenant dans la photo. Et les photos ont pour moi une réalité que les gens n’ont pas. C’est à travers les photos que je les connais. Peut-être cela fait-il partie de la nature même du photographe. Je ne suis jamais vraiment impliqué. Je n’ai pas besoin d’avoir un savoir réel. Tout est question de reconnaissances. »
C’est pratiquement de cette façon que je ressens mes séances de portrait. Il s’agit de créer en quelques minutes un fort niveau d’intimité, pour que la ou les personnes photographiées se livrent réellement devant l’objectif, et laissent s’imprimer sur le capteur une partie de leur personnalité. Et ensuite plus rien, il ne reste plus que les photos.
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